LE MATIN DE CE MÊME JOUR JEAN 20.19-31

Quel récit à la fois mystérieux et lumineux que cette apparition de Jésus à ses disciples telle que la relate Jean, avec des similitudes et des différences par rapport au texte de Luc que nous avons médité dimanche dernier ; Noémie avait mis en exergue les deux éléments-clé de la Parole et de l’Esprit. Ce matin, ce pourrait être le message des trois P, avec des passages de l’un à l’autre. Tout commence par la peur et s’achève dans la paix grâce à la présence du Ressuscité. Peur, paix, présence. Peur, présence, paix.

Nous sommes susceptibles d’expérimenter dans le concret de nos vies que la peur rôde en permanence. Alors, c’est comme à la pétanque, il faut que la boule de la paix éjecte celle de la peur, que la paix remplace la peur, mais pas n’importe quelle paix : la paix que nous donne le Christ, et elle est toute autre que celle du monde ; la paix qu’il nous laisse comme à ses disciples au moment de les quitter.

Nous voici rassemblés bien des siècles plus tard, dans l’élan de Pâques, toujours avec la promesse de sa présence et le besoin de sa paix pour diluer nos peurs. La pétanque des trois P, c’est le passage de la peur à la paix par la présence du Ressuscité. Laissons sa paix infuser au plus profond de nous, laissons-la irriguer la terre de nos cœurs. Nous pourrions nous arrêter là, il y a déjà bien du grain à moudre, bien du pain pour la route. Pour la suite, je vous invite à méditer différemment ces promesses en vous proposant une allégorie qui fait lien entre le récit biblique et nos vies.

Allégorie

Le matin de ce même jour qui était le premier de la semaine, par peur des autorités civiles et religieuses, les portes de l’église où se trouvaient les disciples étaient fermées et la liste desprésences rigoureusement tenue en cas de contrôle inopiné. Certains s’étaient levés de bon matin pour assister au premier office, moins fréquenté, tandis que d’autres, refoulés à l’entrée, avaient rejoint une salle annexe. D’autres encore avaient préféré garder les distances en suivant la retransmission de l’office depuis chez eux. Car à cette première peur des autorités, assez formelle, venait s’en ajouter une deuxième plus sensible, celle de ne pas retrouver la communion d’antan faute aux restrictions de nombre et à l’interdiction de chanter à pleins poumons. Peur de l’artificiel, peur du manque, peur du vide. Une troisième peur retenait les personnes à risque et les prudents de nature, peu rassurés de se retrouver au milieu d’autres ; peur sournoise qui faisait tourner en menace une source de réconfort.

Ainsi, que ce soit assis sur son banc ou sa chaise à bonne distance du voisin immédiat, dans la salle annexe en se sentant un peu déconnecté ou chez soi, en bonne part, la peur avait pris ses quartiers. Peur de l’inconnu, peur de la non-maîtrise, peur de la contamination au matin de ce jour terne et sans horizon comme tous ceux qui l’avaient précédé depuis un temps trop long. Que de portes verrouillées par de multiples cadenas auxquels venaient s’ajouter les filtres et verrouillages dictant si souvent réactions, comportements, relations. Jusqu’à

emmurer l’humanité, fût-elle croyante, dans des zones étanches et impénétrables. Qu’étaitdevenue la promesse « Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » ? Le temps du « Je suis avec vous » était-il irrémédiablement révolu ? Comme celui des rassemblements entre communautés dans notre bénie Vallée ? Je ne peux le croire, il est temps de regarder autrement que par le filtre de la peur.

Il est vrai…

Il est vrai que l’épisode initial s’était déroulé un soir, le soir de cet étonnant premier jour de l’espérance nouvelle, à l’heure où la lumière pascale avait fini par disparaitre derrière les collines de Judée. Depuis ce temps-là, des soirs et des matins, il s’en était déroulé d’innombrables. Il est aussi vrai que la nuit s’installant n’avait été que le prélude au jour suivant, à l’ère nouvelle et que les nuits d’errance, de maltraitance, de fuite, de persécution, d’épreuve, de tentation avaient toujours débouché sur des jours d’espérance, d’encouragement, de proclamation, d’évangélisation, d’accueil et d’expansion de la Bonne Nouvelle.

Il est vrai que la digue païenne de l’empire romain avait cédé, il est vrai que les hordes barbares avaient été christianisées, des assaillants repoussés, des famines, des épidémies et d’interminables guerres traversées sans que s’éteigne l’espérance nouvelle. Qui, au contraire, n’avait cessé de se répandre, de renaître, de s’épanouir. Il est vrai qu’en filigrane, discrète et insaisissable, fidèle et irréductible, la présence du Ressuscité avait percé tous les murs et les brebis apeurées expérimenté la réconfortante main du bon berger.

Il est vrai que du premier martyre lapidé aux disciples les plus récemment inquiétés, en passant par les lions de Rome, les atrocités derrière les rideaux de fer ou de bambou, les camps de rééducation de l’empire du milieu, les coups de boutoir de l’athéisme, les horreurs des fanatismes et les ravages douloureux de l’actuelle pandémie. Mais aussi de la personne crevant de solitude à l’enfant incurable en passant par toutes les blessures, tous les vacillements, toutes les incertitudes, la divine présence avait rejoint chaque cœur meurtri pour lui apporter au-delà de toute mesure LA PAIX. La paix du Christ, la présence du Ressuscité.

Il est vrai qu’aux bien réelles menaces extérieures, s’étaient ajoutées celles du dedans, parsemées d’interrogations et de doutes que le Vivant avait effacés d’un même vœu de paix, entraînant les croyants ballotés dans une confession de l’esprit et du cœur : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Expérience commune et totalement personnelle, transformatrice entre toutes : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Il est vrai qu’en ce matin du premier jour de la semaine, ni la peur qui paralyse, ni les verrous qui enferment, ni les portes closes ne sauraient faire obstacle à la promesse : « La paix soit avec vous », vous la communauté. « La paix soit avec toi », toi le Thomas d’hier ou d’aujourd’hui.

Il est vrai que s’éclairent d’une lumière nouvelle ces paroles d’évangile (toutes chez Jean) :

« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix, je ne vous la donne pas comme le monde donne, que votre cœur ne se trouble pas et ne s’alarme pas. »
« Le voleur ne vient que pour dérober, égorger et détruire mais moi, je suis venu afin que mes brebis aient la vie et l’aient en abondance. »

« Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive jailliront de son être jusque dans la vie éternelle. »
« La lumière a brillé dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas reçue.
Mais à ceux qui l’ont reçue, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. »

« Dieu, personne ne l’a jamais vu.
Dieu, le fils unique qui est dans le sein du Père, lui, l’a fait connaître. »
« Je vous enverrai le consolateur, il vous conduira dans toute la vérité. »
« Je suis le chemin, la vérité et la vie. »
« Vous aurez des épreuves dans le monde mais n‘ayez pas peur, j’ai vaincu le monde. »

Sa paix à la place de nos peurs

Pour conclure ce message, nous pouvons reprendre l’image de la partie de pétanque. Dans la vie, il faut souvent pointer pour s’approcher du but, du cochonet. Mais parfois, il faut tirer pour éjecter la mauvaise boule, la boule de la peur. Et en pétanque, quand on tire, la nouvelle boule prend la place de l’ancienne. C’est ce que nous offre le Christ : que sa paix prenne la place de nos peurs.

Le matin de ce même jour qui était le premier de la semaine, réunis en nombre plus limité qu’à l’accoutumée pour cause de restrictions, les disciples avaient vu les verrous de la peur tomber et la porte de leurs cœurs s’ouvrir pour accueillir la présence de Jésus les inondant de sa paix. Ils avaient une nouvelle fois vécu Pâques, passage de la mort à la vie, de la peur à la paix, de l’incertitude à l’espérance. C’était en effet un de ces beaux jours où l’espérance brille et la peur s’estompe. C’était, comme souvent déjà et pour longtemps encore, qu’à leur tour ils expérimentaient la dynamique de l’évangile : « Ceci a été écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom. »

Cette foi leur était commune et les unissait tous en un seul corps, là où ils se trouvaient.
Ils pouvaient repartir sans peur dans la paix de la présence du Ressuscité. En eux, au milieu d’eux, avec eux tous les jours. Et d’une foule qu’on ne pouvait compter s’élevait un cantique dont rien ni personne ne pouvait réfréner : « Victoire au Seigneur de la vie ! »